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Les data ou la vie

Le big data est certainement à la mode, tout comme les objects connectés et l’internet des objets. Derrière tout ce blabla, on retrouve des problématiques que l’on nous vend comme étant le progrès et que l’on va bientôt nous obliger à acheter.

Tout d’abord, tout va devenir connecté. D’ici 10 ans, la grande majorité des systèmes électroménagers seront juste connectés à internet. Ils se connecteront tous à leur fournisseur (qui y trouveront un nouveau moyen de se faire de l’argent). Ils enverront des statistiques d’utilisation bien pratique pour les intérêts commerciaux de ces marques, derrière le slogan de mieux vous servir. J’imagine que les plus grandes marques s’associeront pour former un Cloud commun, et tous les appareils des marques partenaires communiquerons tant bien que mal entre eux dans votre maison.

Fini de réparer vos outils vous même: un mail ou un coup de fil vous sera envoyé dès que l’appareil ne communique plus depuis 12h avec le Cloud. De même, pour être sur que vous connectiez tous vos appareils au web, plusieurs solution vous seront proposées: un montant de 100 euro vous sera rendu lors de la première connexion de l’appareil au cloud – que vous pourrez dépenser en consommables directement sur l’écran tactile de votre appareil – ou en achetant un autre électro de cette marque.

Il sera fini de ne mettre de l’anti-calcaire que une machine sur 2. Fini de choisir de mettre tel ou tel sel dans le lave vaisselle. Les machines suggèreront les produits à acheter et en gèreront le dosage. Et dans 15 ans nous auront un procès au niveau international contre les vendeurs de machines à laver et d’anti-calcaire car ils avaient un arrangement pour augmenter la quantité de produit nécessaire artificiellement de 3% sur toutes les machines du monde. Un business juteux.

Le plus dommage dans tout cela sera que ces appareils électroménagers seront assez stupides sans internet. Ils auront des processeur décents mais ne seront pas réfléchir sans avoir un accès complet et direct à leur cloud bien aimé.

Cela, ok, en tant que libriste, c’est pas génial. J’ai cependant bon espoir que l’on tienne encore quelques années éloignés du tout connecté au niveau de la maison, ou qu’en tous cas on trouve quelques alternatives bidouillables ou offrant un niveau de liberté acceptable.

Cela devient plus difficile, en revanche, dans le domaine de la santé. Les capteurs de données santé apparaissent un peu partout. On payera nos assurances en fonction de notre condition physique, on sera traqué par plusieurs appareils em même temps.

Votre smartphone aujourd’hui vous demande si telle application peut accéder à vos contacts. Dans quelques années, il vous demandera si telle application peut accéder à votre rythme cardiaque. Votre coeur bat plus vite? Votre téléphone vibre. Premièrement, une app de santé vous recommande de vous poser et de vous calmer. Deuxièmement, une app sportive commence à enregistrer l’effort et vous propose un plan d’entrainement et d’échauffement. Ensuite, une app sociale s’ouvre avec le message: “un grand moment à partager?”

Ceux qui décideront de ne pas reverser leur données, de ne pas les partager, de ne pas s’équiper, seront culpabilisés par les publicités. Par exemple, l’App Y a détecté un problème cardiaque bien avant que je ne le ressente. Merci Y. Ou encore, l’application X me permet de connaitre mon taux de graisses brulées dans l’effort, pour faire descendre mon risque cardiaque en dessous de 10%. Merci X. PS: X est agrée auprès des assurances. Utiliser X vous rapporte 10% de réduction.

Voila le deal du futur: acceptez 5 capteurs et le partage de ces données sur le cloud pour analyse, et vous augmenterez vos chances de vivre. Refusez, et vous payerez plus cher vos assurances, en plus de rater toutes ces choses que la technologie peut détecter.

Bien sur, on a besoin de big data pour comprendre certains phénomènes du corps humain. C’est important, et beaucoup de gens le comprennent. C’est bien pour cela que l’on peut parler de chantage: les data ou la vie. C’est nécessaire, cela devient possible, et au niveau commercial c’est une vraie mine d’or.

Le big data est un gros problème pour les libristes. Non pas au niveau technique – en effet les logiciels libres de big data, d’intelligence artificielle etc, ça ne manque pas. Ce qui manque, c’est les données. Ce n’est pas le logiciel qui est le nerf de la guerre de nos jours. Ce sont vos données. Celui qui a le plus de données gagne à la fin. Car il gagne de la précision, a moins de faux positifs.

J’imagine que quelques projets respecteront les règles de confidentialité autant qu’ils le peuvent. Mais pas tous. Et on n’est jamais à l’abri d’un piratage, quoi que l’on fasse. Alors que maintenant on retrouve des millions de mots de passe dans tous les coins d’internet, que se passera-t-il quand ce que l’on trouvera, ce sera les données de tous ces cardiomètres que nous embarquons? “Téléchargez 2 ans de toutes les fréquences cardiaques du tout Paris”. Alors que peut après, vous pourrez télécharger, avec un autre leak, la base de données des localisations GPS des gens sur Paris au même moment. Combien de temps faudra-t-il aux data scientists, bien ou mal intentionnés, pour repérer les endroits et moments ou nos coeurs battent la chamade? Et aux amants malheureux de recoller les morceaux de ces leaks pour vérifier des soupçons d’adultère?

Nous sommes tous concernés par ce que nous faisons de nos données, et la donne va changer avec l’arrivée sur le marché de nos données de santé. Nous ne devons pas céder au chantage entre les data et la vie. Nous devons trouver des alternatives saines qui nous permettent de vivre au mieux et d’être au mieux informés sans que d’autres en sachent plus que nous. Dans le domaine de la vie privée, on ne peut qu’en donner plus. Le retour en arrière est malheureusement impossible, et on ne peut arrêter le progrès, juste le ralentir et essaye de le réorienter.

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First published on Mon 5 September 2016.